Kouri Bougoudi - Tchad

L’affaire de Kouri Bougoudi, zone stratégique du nord tchadien riche en minerais, prend une tournure alarmante. Un message audio diffusé sur TikTok par Abdallah Bandar, membre du mouvement toroboro soudanais affilié à Arko Minni Minnawi, a jeté un pavé dans la mare. Actuellement résidant en Égypte, Bandar continue d’influencer la scène tchadienne à distance, en appelant ses « frères toroboros » infiltrés dans l’armée tchadienne et les administrations à prendre le contrôle total des zones minières et des circuits commerciaux du pays.

Selon les observations de notre source, plus de mille soldats récemment formés à la Sonemic auraient été déployés pour sécuriser les zones riches en ressources dans le BET (Borkou-Ennedi-Tibesti), une opération qui semble s’inscrire dans une stratégie de contrôle territorial et économique. Bandar exhorte ses partisans à arracher les armes des mains des autochtones, à traquer les troupeaux, à s’emparer des grands commerces, et à occuper les postes clés dans les villes comme Abéché. Il va jusqu’à appeler à la désobéissance envers le président Mahamat Idriss Déby Itno, demandant à ses frères généraux de ne pas appliquer ses ordres et d’emprisonner toute résistance tchadienne.

Dans une mise à jour récente, Bandar aurait précisé que ses partisans doivent contrôler l’économie par tous les moyens, occuper entièrement Kouri Bougoudi, et utiliser la force de l’État pour arracher les armes aux mains des populations locales. Il demande à ses hommes de ne pas s’intéresser aux produits comme les cigarettes, mais de se concentrer sur les ressources stratégiques. L’objectif affiché est clair : vider complètement Kouri des éléments non toroboros et y installer une domination militaire et économique.

Cette stratégie intervient après une série de défaites cuisantes subies par les toroboros face aux Forces de Soutien Rapide (FSR) dans le conflit soudanais. Affaiblis, ils cherchent à se réorganiser en occupant les zones minières du Tchad pour se financer et reconstruire leur capacité militaire. Or, même avec le soutien de l’armée soudanaise dirigée par le général Abdel Fattah al-Bourhane et des factions islamistes, les toroboros semblent désormais en perte de repères.

Un autre volet de cette crise concerne le général Idriss Youssouf Boy. Lors de la campagne présidentielle dans le BET, Boy aurait déclaré :

« Votez Mahamat Idriss Déby Itno, il chassera les toroboros du Tchad. »

Depuis cette déclaration, il aurait été ciblé par les toroboros présents dans les rouages de l’État. Accusé de détournement de fonds, il a été condamné à sept ans de prison ferme. Ses proches dénoncent un règlement de comptes politique, affirmant que la justice est utilisée pour écarter les voix dissidentes.

Historiquement, les toroboros bénéficiaient du soutien du défunt président Idriss Déby Itno, qui leur accordait appui militaire et logistique dans leur lutte au Soudan. Le refus du président actuel de les soutenir, préférant un appui discret aux FSR, aurait provoqué leur hostilité envers le régime. Ce revirement stratégique aurait poussé certains éléments toroboros à saboter la stabilité du Tchad, en infiltrant les institutions et en orchestrant des campagnes de déstabilisation dans les zones sensibles.

L’affaire Kouri Bougoudi illustre les fragilités sécuritaires et ethno-politiques du Tchad. Elle pose des questions cruciales sur la souveraineté nationale, la place des autochtones dans la gestion des ressources, et la capacité du président Mahamat Idriss Déby Itno à restaurer la confiance sans exclure des figures comme Youssouf Boy. Si le président rafraîchissait sa mémoire, il verrait que Boy n’est pas un ennemi à écarter, mais un allié à garder à ses côtés.

Par : Correspondance privée – La Rédaction de Charilogone

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