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SUITE A LA TABLE RONDE DES BAILLEURS DE FONDS POUR LE
 
FINANCEMENT DU PLAN NATIONAL DE DEVELOPPEMENT (PND) 2017-2021
 
Il s’est tenu ce jour, 6 juillet 2017, à Paris une contre-table-ro
nde organisée par la société civile tchadienne, l’opposition
politique et les activistes, de l’intérieur et de la diaspora en
réaction à l’organisation par le Gouvernement du Tchad de la
table-ronde des bailleurs de fonds pour le financement du Plan
National de Développement (PND) 2017-2021. Cette
manifestation a reçu le soutien multiforme, entre autres des
organisations internationales de la société civile telles que
Tournons La Page, Amnesty international, etc.
 
La table-ronde a fait le tour des questions suivantes :
 
- le Tchad est-il condamné à la mal-gouvernance et au sous-
développement ?
- Tchad: SOS pour la démocratie et les libertés fondamentales
- Tchad: vestige de la Françafrique et/ou pompier pyromane du
continent?
 
 
 
A l’issue des débats, les conclusions et recommandations
suivantes se sont dégagées :
 
1. De la mal-gouvernance et du sous-développement
Toutes les couches de la population tchadienne aspirent à la
paix. La paix est la condition d’un développement économique
et sociale, de croissance, de création d’emploi pour les jeunes.
Cette paix à laquelle aspire le peuple Tchadien n’est pas
compatible avec une gouvernance politique bâtie sur l’injustice
sociale et les inégalités face aux opportunités, l’impunité face
aux crimes de sang et aux crimes économiques et la prédation
des ressources communes. Après les élections présidentielles
contestées d’avril 2016, les Autorités n’ont ni la légitimité ni la
crédibilité nécessaire pour mettre en œuvre des actions dites en
faveur de la population. Le véritable enjeu d’un plan de
développement dans ce contexte devrait être de mettre la
question de la mal-gouvernance au centre comme condition
pour enclencher un processus de développement. A l’état actuel
des choses, ce prétendu PND est considéré par les tchadiens un
Plan National de Détournement.
 
Aussi, les participants et organisations partie prenante à l’alter-
table-ronde pour le financement du PND demande ce qui suit :
Au Gouvernement :
 
1. Clarifier préalablement le rôle de la société civile, des partis
politiques et des médias, dans le mécanisme de mise en œuvre,
de suivi et d’évaluation d’un quelconque PND
2. de mettre d’abord en place un mécanisme transparent
d’implication de la société civile dans la conception et la mise en
œuvre des actions de développement, qui garantisse
l’indépendance des acteurs.
A la Communauté des bailleurs de fonds
 
1. de privilégier le financement direct des acteurs locaux de
développement ;
2. de mettre en place des projets de renforcement des capacités
de la société civile tchadienne en partenariat direct avec ces
acteurs ;
3. de privilégier dans ses choix de financement les appuis en
matière de transparence, de développement de la citoyenneté et
de la culture de la paix.
3. De la démocratie et des libertés fondamentales
Le peuple tchadien vit depuis 27 ans sous une dictature drapée
sous le ruban d’une certaine démocratie. Les élections sont
irrégulièrement organisées et les résultats sont
systématiquement contestés du fait de multiples interférences
au niveau des instances d’organisation de ces élections. Sur le
plan des libertés fondamentales, plusieurs assassinats de
leaders de la société civile et des partis politiques ont été
enregistrés. La tendance récente montre un durcissement des
conditions d’exercice des libertés : arrestations arbitraires
extrajudiciaires, interdiction systématique de réunions et de
manifestations pacifiques, emprisonnement des hommes de
médias, etc. Toutes ces restrictions des libertés fondamentales
font régulièrement l’objet de rapports d’organisations
internationales de droits humains sans que cela n’émeuve outre
mesure les partenaires bilatéraux et multilatéraux. En matière de
respect des principes démocratiques, en plus de l’illégitimité du
régime lui-même vient s’ajouter aujourd’hui l’illégitimité de
l’Assemblée Nationale dont le mandat est terminé depuis juin
2015. Toutes ces préoccupations ne ressortent pas clairement
dans le PND ni dans son plan d’actions prioritaires.
 
Les participants à la contre-conférence
 
1. réitère au gouvernement l’exigence de la tenue d’un dialogue
inclusif devant définir les voies et moyens de sortie de cette
crise multiforme que le pays traverse.
 
A la Communauté des bailleurs
 
1. d’exiger la tenue d’un dialogue national inclusif comme
condition de décaissement de ses appuis financiers ;
2. d’exiger l’établissement d’un calendrier des processus
électoraux (législatives, communales et présidentielles)
consensuel et la tenue avant fin 2018 des élections législatives ;
3. de s’impliquer financièrement et techniquement à la mise en
œuvre de ce calendrier électoral dans le cadre de son appui à la
mise en œuvre du PND ;
4. d’exiger au Gouvernement le respect des libertés
fondamentales, et en particulier la liberté d’expression et de
manifestation.
4. De la position du Tchad au sein de la Communauté
internationale
Idriss Deby Itno est en passe de s’imposer à la communauté
internationale comme un acteur incontournable dans les conflits
armés et la lutte contre le terrorisme en Afrique. Ces
interventions couteuses ne respectent cependant aucune
logique de développement durable et de principe de cohabitation
entre les peuples. Cette politique interventionniste s’est soldée à
plusieurs reprises par des passifs lourds pour le peuple
tchadien, aussi bien à l’est au Soudan, au Sud en Centrafrique
que dans d’autres conflits. Aujourd’hui, la lutte contre le
terrorisme dans le Sahel semble constituer un prétexte pour la
communauté internationale pour lui accorder un blanc-seing
total, une rente sécuritaire pour lui permettre de faire face aux
conséquences de la mauvaise gestion de la rente pétrolière.
Cependant, la Communauté internationale feint d’ignorer que
l’extrémisme de tout bord nait de l’injustice, des inégalités et de
déficit de développement local. Le Tchad qui a tant souffert de
période d’instabilité liées à des crises armées doit se prémunir
contre les menaces d’instabilité qu’il a tendance à combattre
hors de ses frontières.
 
Aussi, les participants et organisations partenaires à la contre-
conférence demande à la Communauté Internationale :
 
1. D’arrêter de considérer Déby comme le seul rempart contre
l’avancée du terrorisme mais de s’appuyer sur le peuple
tchadien et des institutions fortes et crédibles.
2. mettre en place des conditions idoines pour une participation
du Tchad qui ne remette pas en cause les bonnes relations
entre les peuples ;
3. de reconsidérer le mécanisme de financement des primes et
indemnités des militaires engagées sur les terrains de combat
sous la bannière des Nations-Unies.
 
Fait à Paris, le 6 septembre 2017
Les Participants
Tag(s) : #Société, #Politique, #Tchad, #France

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